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Publié : 20 janvier 2012

Lire en première année ?

Au fil des siècles (hé oui !), les pédagogues tout azimut ont tenté d’inculquer le pouvoir de décoder les signes pas si secrets des textes écrits. Les premiers véritables indices des méthodes d’enseignement de la lecture nous proviennent des Grecs et des Égyptiens de l’Antiquité. Les Grecs avaient même un plan de scolarité très rigide où l’élève-garçon débutait l’apprentissage formel de l’écrit à 7 ans, à la condition qu’un premier travail de découverte de l’écrit chez l’élève ait été mis en place au préalable par les parents. Curieusement, les dernières recherches sur le sujet tracent des liens cohérents entre cette époque et la nôtre pour démontrer la ou les façons les plus efficaces d’enseigner l’apprentissage initial de la lecture en première année.

Voyage express au pays de la lecture

Au départ, la lecture a été enseignée pour décoder un texte qui devait être lu à voix haute. En effet, deux éléments ne permettaient pas de faire autrement :

• le genre de livre, papyrus cylindrique ne permettant qu’une lecture partielle du texte,

• la mise en texte des écrits. À l’époque les lettres majuscules, la ponctuation et les espaces entre les mots étaient absents des volumen disponibles.

La méthode de lecture à cette époque était simple : connaître les lettres (ou dessins liés au code), connaître les jumelages possibles entre elles, décoder ces jumelages pour en comprendre le sens, accumuler les mots pour créer des images complètes afin de comprendre le message complet.

L’invention du format codex (format livre tel qu’on le connaît aujourd’hui) et de l’imprimerie ont permis de rendre l’acte de lire beaucoup plus facile. Les mises en page colorées, aérées, illustrées permettaient au lecteur, même débutant, d’anticiper et de prédire le contenu du texte à lire. Les premiers travaux liés à la compréhension en lecture venaient également de prendre leur envol. Ce qui était une activité de décodage devenait une activité complexe de compréhension globale.

Du Moyen-âge à aujourd’hui, les chercheurs de plusieurs disciplines scientifiques et les pédagogues ont expérimenté diverses méthodes d’apprentissage de la lecture, les unes, centrées sur le décodage, aux antipodes des autres, plutôt centrées sur la compréhension globale du texte.

Les décideurs ne sont pas en reste également puisque depuis 1917, les programmes québécois ont prescrit des méthodes de lecture expérimentées par les pédagogues, la plupart d’eux issus des congrégations religieuses. Après plusieurs années à tergiverser entre les deux approches diamétralement opposées, les chercheurs en sont venus à promouvoir une approche dite équilibrée.

La dernière publication importante du MÉLS sur le sujet (http://www.mels.gouv.qc.ca/stat/rec..., 2009) présente une approche où la lecture et l’écriture sont enseignées de concert dans une approche où le texte, le contexte et le lecteur sont tous trois pris en compte. On y parle également du rôle de l’élève, de l’enseignant et des parents : Concrètement, on retient les grandes lignes suivantes :

• Développer une conscience phonologique avant l’entrée en 1re année,

• Apprendre tôt les lettres de l’alphabet,

• Acquérir de bonnes habiletés d’identification des mots (décodage, mémorisation, analyse, synthèse),

• Développer la fluidité en lecture,

• Utiliser une démarche d’enseignement explicite (expliquer, démontrer, étayer),

• Sensibiliser les parents à l’importance de valoriser la lecture à la maison.

Les Grecs de l’Antiquité ne se doutaient pas à quel point leur séquence d’enseignement de la lecture aurait un écho dans le monde moderne : ils ont eu l’idée géniale d’imposer le travail de l’entrée dans le monde de la lecture avant son enseignement formel. Ce qu’a récupéré, deux mille ans plus tard, le monde de l’éducation.

Une référence québécoise et non moins internationale à (re)découvrir : GIASSON, J. (2011) La lecture : Apprentissage et difficultés, Gaëtan Morin éditeur, 398 pages.