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Publié : 13 novembre 2017

Attention au diagnostic maison

Cette année nous vous proposons des articles réflectifs parce qu’on fait le constat qu’il nous arrive de tomber dans le piège de vouloir faire des diagnostics maison. Pourquoi ? Souvent parce que l’on souhaite comprendre et identifier, par ce diagnostic, les moyens qu’on peut mettre en place pour aider l’élève. En milieu scolaire, la première question que l’on se pose quand un élève ne semble pas répondre aux interventions habituelles pour apprendre, c’est : qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que je peux faire pour l’aider ? Une des réponses que l’on cherche n’est pas seulement de comprendre mais d’identifier la source ou la cause de ce que vit mon élève. Il est fort tentant de vouloir poser un diagnostic maison comme si ça expliquerait tout.

Petite parenthèse, sachez qu’au Québec, seuls les médecins et les professionnels qualifiés peuvent poser un diagnostic. Sa définition est l’identification de la nature d’une situation, d’un mal, d’une difficulté, par l’interprétation de signes extérieurs. (Larousse / internet).

Pourquoi est-on tenté d’émettre des diagnostics ?

Avoir un diagnostic peut être rassurant quand on tente d’expliquer ce qui se passe. De plus, on croit qu’il pourrait être plus facile d’identifier les interventions appropriées spécifiques à cet enfant ou alors de pouvoir recevoir des services disons spécialisés. Est-ce toujours le cas ? Pas toujours.

Étant un acte réservé, qu’est-ce que je peux faire, à mon niveau comme intervenant scolaire (titulaire, spécialistes, TES, orthopédagogues, direction, bref toutes les personnes qui œuvrent auprès de ce jeune) ?

La première étape est d’aller chercher de l’information concernant mon jeune via le dossier personnel où l’on retrouve les plans d’intervention, l’héritage, les évaluations et les recommandations diverses (psychologie, ergothérapie, physiothérapie, orthophonie, médecine, etc.) ou toutes informations déjà consignées dans ce dossier. Ceci permet de comprendre d’où l’élève vient (dans son vécu, sa situation scolaire, ses expériences).

La deuxième étape est de communiquer avec les parents qui sont une bonne source d’informations sur la situation actuelle de l’enfant. Par exemple, vit-il une situation particulière à la maison ? A-t-il un suivi ou de l’aide dans un autre milieu que le nôtre ? Que font-ils pour aider leur enfant ? Observent-ils la même chose que nous ? Si oui, pouvons-nous reproduire le même type d’intervention ? Si non, peut-être sommes-nous devant une situation propre à l’école.

On peut aussi contacter les intervenants de l’année précédente qui pourront corroborer nos propres observations ou encore les nuancer. On peut aussi consulter l’équipe des professionnels qui pourront nous pister sur des stratégies universelles gagnantes ou qui pourront contribuer à documenter, à l’aide d’observations, la situation.

Une fois cela fait, on continue tout de même de documenter la situation de l’élève (qu’elle soit comportementale, académique, relationnelle). On peut faire des observations systématiques en décrivant spécifiquement la situation problématique. On consigne les informations que l’on a et qu’on reçoit des autres intervenants qui travaillent auprès de l’élève.

Pourquoi doit-on documenter ? Pour mieux comprendre la fréquence, la durée et l’intensité de l’apparition du comportement (scolaire, social ou comportemental). De plus, ça permet aussi de voir comment ça affecte notre élève tout en gardant un regard critique.

Bien entendu, les observations consignées ou tout autre type d’interventions faites à l’école (gagnantes ou non) pourraient être demandés par le médecin ou professionnel qui a été interpellé pour évaluer la situation. Peut-être que cela contribuera à poser un diagnostic ou non.

Plusieurs difficultés rencontrées à l’école peuvent s’expliquer par des comportements similaires. Par exemple, une séparation, des difficultés de sommeil, un trouble physique ou même cognitif ou organique peuvent entrainer une difficulté attentionnelle sans pour autant l’être. C’est également vrai pour plusieurs autres situations.

C’est pourquoi, cette chronique vous invite à rester vigilant face au réflexe de poser rapidement un diagnostic. Documenter une situation c’est l’expliquer et la comprendre. Ça permet aussi de mieux orienter nos interventions et de mieux cibler les services qui pourraient ajouter de l’aide à l’enfant.

Pour poursuivre votre réflexion, nous vous invitons à consulter le référentiel des élèves à risque et HDAA sur le site de la Fédération de l’enseignement (CSQ) : http://fse.qc.net/fileadmin/Grands_... Lors de notre prochaine chronique nous expliquerons ce qu’on entend par « documenter la situation d’un élève ».

Si vous avez des questions, il nous fera plaisir d’y répondre. N’hésitez pas à communiquer avec nous. Nancy Aubry, conseillère en rééducation (nancy.aubry@csdufer.qc.ca) Odette Thibeault, psychologue (odette.thibeault@csdufer.qc.ca)